Des Baléares à l'Europe continentale, septembre 2008
4 septembre 2008
Tous les fichiers météo consultés concordent : SW 4-5 pendant 2 jours, puis du NW 4-5 sur la fin du parcours. Un peu de houle annoncée, mais surtout avec ce vent de sud-ouest la perspective d'une traversée assez rapide et agréable. Nous décidons de partir le lendemain matin.Le bateau est propre, fin prêt, contrôlé, vérifié; le sac de survie est fermé; des casse-croûtes et de l'eau chaude sont disponibles.
5 septembre 2008
Le début du voyage est parfait, beau temps, belle mer et le vent qui monte gentiment jusqu'à force 5. Nous prenons un ris dans la grand-voile (= réduire la surface de toile) et Lulu le pilote automatique continue joyeusement à nous emmener là où on lui a dit d'aller. Le système de quarts est mis en place. (voir les explications sur Wikipedia)
Tout à coup, alarme pilote : le système de barre a lâché - comme devant Culatra il y a 6 mois. Tout le monde est sollicité. Bien que cette fois nous sommes 3, qu'il fait jour, que le vent et les vagues sont maniables et que nous savons exactement ce qu'il faut faire et ce dont nous avons besoin, il faudra tout de même près d'une heure pour que le bateau reprenne sa course normale. Alex a d'ailleurs pu constater, comme nous dans le passé, qu'Altika est quasi impossible à diriger avec un seul safran avec le système de barre actuelle...
En soirée, le vent diminue et nous remettons toute la toile; puis très vite il reprend de la vigueur et nous arisons à nouveau. La houle et les vagues augmentent. Ce sont les joies de la Méditerranée !
22:15, j'effectue une veille tranquille quand j'entends un tapement dans le mât. L'antenne du WaveFinder (système de sécurité en cas d'homme à la mer) s'est arrachée de son support et n'est plus retenue que par le câble électrique. Elle menace de tomber à tout instant. Il faut faire quelque chose. Branle-bas de combat, tout le monde est réveillé.Nous affalons les voiles. En pleine nuit, par force 6 et mer agitée, Alex est à la barre, je suis au winch, et Johan est hissé à 10m dans le mât afin de couper le câble et essayer de sauver le WF. Il est balloté dans tous les sens... En bas comme en haut, c'est une expérience traumatisante... Bilan de l'opération : quelques contusions, la perte du WF pour le reste de la traversée, et des cauchemars. A 23:30 le bateau reprend sa course, grand-voile à 2 ris, mer très agitée. Nous changeons le système de quart : Alex et moi alternons les veilles et Johan reste disponible à tout instant.
6 septembre 2008
Il est presque 3 heures du matin, je me lève pour prendre mon quart. Johan et Alex sont dehors. Au moment où je sors la tête pour leur dire bonjour, un grand bruit d'eau : une vague déferlante de l'arrière se construit juste au niveau de la jupe. Blanche et écumante, elle se lève bien plus haut que le banc de rail d'écoute et tombe sur nous avec un bruit fraccasant. Impressionnant, mais finalement le cockpit reste relativement sec (en tous cas avant la pluie)... je n'ai jamais rien vu de tel jusqu'à ce jour... Le cap est légèrement modifié pour que nous prenions les vagues plutôt sur la hanche. Johan effectue la veille avec moi. Par rapport à la force du vent (force 7 de l'arrière), la mer est grosse et croisée. On doit déjà ressentir la houle du système qui est en train de s'établir au nord du cap Béar.
Au matin les 2 systèmes de houle sont toujours importants mais le vent diminue fortement, et passe au travers. Nous lâchons 1 ris, puis 2; le moteur est mis en route, . Le bateau se traîne à 3 noeuds dans une mer croisée importante : ce n'est pas très confortable. Nous essayons plusieurs combinaisons de voilure et finissons par affaler la grand-voile pour éviter l'usure prématurée.
En début d'après-midi le vent passe d'un coup au nord et forcit rapidement, nous obligeant à prendre successivement 2 ris. Nous voilà navigant au près 24 heures plus tôt que prévu... La vie à bord reste néanmoins confortable, Altika gîte peu et Lulu le pilote fait bien son travail !
21:15, la nuit s'est installée, nous voilà avec un bon 6 dans le nez. Afin de soulager le pilote et équilibrer le bateau, il devient nécessaire de prendre un ris sur le foc. Johan et moi montons à l'avant pendant qu'Alex maintient le bateau face au vent. Sportif ! Le compromis confort de direction du vent et train de vagues nous entraîne en direction du Cap Béar, le dernier endroit où l'on aimerait se trouveravec ce temps-là.
22:50, le vent monte encore, les rafales sont fortes, nous prenons un 3ème ris dans la grand-voile (première fois sur Altika). En même temps nous rattrapons un cargo géant qui se traîne devant notre étrave (à 1,5 noeuds) et nous oblige à changer notre cap dans une mer désagréable. Et tiens, c'est bizarre, la lumière s'est allumée toute seule dans le carré ??? Alarme de pompe de cale, nous dit Alex. En effet il y a une entrée d'eau SALEE quelque part. Jusqu'à la fin de la traversée nous serons obligés de pomper régulièrement pour vider cette eau dont l'origine -autre que la mer- nous restera inconnue.... Pour mémoire, cette alarme visuelle n'a été installée que quelques jours plus tôt par Alex, suite aux défaillances combinées de la pompe de cale électrique ET de l'alarme auditive...
Au loin, des éclairs; le ciel se couvre: il commence à pleuvoir.
La totale !
Mais malgré le vent, la pluie, les grosses vagues qui parfois passent par-dessus la timonerie et arrosent copieusement celui (ou celle) qui fait son quart, le reste de la nuit se passe fort bien, équipage toujours vaillant. Sous voilure réduite, Altika "fonce" vers le continent.
7 septembre 2008
Vers midi- une cinquantaine d'heures après le départ - protégés par la côte, il n'y a presque plus de vagues. Nous hésitons à aller au mouillage. Finalement décision est prise d'un commun accord d'offrir à tout l'équipage un repos bien mérité à l'abri d'un joli petit port. Nous y resterons 3 nuits, avant de partir rejoindre notre destination provisoirement finale.
0 commentaires:
Enregistrer un commentaire